Si je vous dis "Star Trek", vous pensez à quoi ? Des costumes moulants tape à l'oeil, des effets spéciaux cheap et des oreilles en pointe ? Pas faux ! Sauf qu'après avoir galvaudé l'héritage de la série mythique dans pas moins de dix films plus qu'inégaux, Hollywood a eu la bonne idée d'en confier la résurrection à JJ Abrams, le créateur de "Lost" et "Alias", déjà responsable il y a trois ans de l'excellent "Mission : Impossible 3" avec Tom Cruise. L'idée de génie ? Raconter la jeunesse des plus célèbres héros de Gene Roddenberry, l'impulsif commandant James T. Kirk et l'impassible officier vulcain Spock. Deux destins que tout oppose et dont l'amitié va naître de leur combat commun contre l'odieux Nero, venu du futur pour venger la destruction de sa planète.
Stardate 2009. Star Trek, le onzième. Capitaine JJ Abrams aux commandes. Après de longs mois d'attente, ce fameux reboot que tous les fans de la licence craignent a enfin pris son envol à bord de l'Enterprise, mythique vaisseau de la Fédération. A son bord, un tout nouveau casting, une esthétique modifiée et la rencontre réinventée entre deux personnages phares de l'univers : James T. Kirk et Spock. Oubliez tout ce que vous connaissez sur Star Trek ? Le jeu en vaut la chandelle...
Il y d'abord ce pari insensé : inventer une dimension parallèle à une franchise datant de 40 ans tout en reprenant les personnages de la série originale et des premiers longs-métrages. Une dimension parallèle d'où s'échappe Nero (Eric Bana) bien décidé à venger la disparition de son peuple en confrontant Spock à sa propre douleur, sa propre dépossession. Les nombreuses surprises scénaristiques dues à la déformation du continuum espace-temps fera hurler les fans les plus acharnés. Pourtant, certains d'entre eux pourraient bien être émerveillés par le respect du réalisateur envers leur communauté et la réinvention téméraire de la légende trekienne.
Ce film est donc avant tout celui d'un auteur et témoigne de la patte indélébile que l'on retrouve dans chacun des projets de JJ Abrams. Star Trek regorge de références scientifiques, philosophiques et esthétiques empruntées à Alias (la boule rouge, arme absolue des Romuliens), Lost (le voyage dans le temps qui donne son sens et sa cohérence à l'histoire) ou encore Cloverfield (le monstre sur la planète des glaces Delta Vega). Si JJ Abrams n'est pas encore tout à fait débarrassé de ses tics de mise en scène, il insuffle au métrage une telle intensité dramatique, un tel désir d'entertainer malicieux que les vire-voltages habituels de l'objectif font tourner la tête, dans le bon sens du terme.
Visuellement superbe, mais refusant la surenchère d'effets spéciaux, ce Star Trek 2009 séduit par la qualité de son scénario sans temps mort, mariant action et psychologie avec humour et enthousiasme. Abrams a conservé les codes visuels de la saga - la téléportation, l'esprit d'équipe et les oreilles en pointe - en y injectant l'énergie des séries modernes, s'appuyant sur un casting de jeunes comédiens excellents. Le quasi-inconnu Chris Pine incarne un Kirk impétueux et attachant, mais c'est Zachary Quinto (le méchant de "Heroes") qui tire le gros lot en livrant un Spock tout en nuances.
S'il sera forcément difficile d'accepter que leurs héros en uniforme sont ceux qu'ils connaissent mais pas dans le même espace-temps, rassurons tout de même ceux qui aiment les dix premiers films et les six séries, dignes héritages du patrimoine légué par Gene Roddenberry. Les clins d'oeil à la pelle (le chien du Capitaine Jonathan Archer, Sulu en parfait escrimeur...) et le rôle d'importance donné à Leonard Nimoy en satisferont beaucoup. JJ Abrams ne se contente pas d'offrir au premier interprète de Spock un rôle de caméo comme ceux qui poussent comme des mauvaises herbes dans chaque adaptation cinématographique d'une série TV. Il offre au personnage et à l'acteur, un rôle clé dans cette gigantesque entreprise de réappropriation. Plus qu'un hommage creux, un geste d'intelligence.

